Vins d'Alsace
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Balade dessinée #1 : Jeunes vignerons & vieilles vignes

Une journée de découvertes de Blienschwiller à Mittelbergheim

Temps de lecture: 10 min
Laurent Bessot Pâtissier Le 18 janvier 2017
Laurent Bessot - Pâtissier

L'idée de cet article m’est venue à l'Epiphanie car ma mission était d'apporter le vin pour le dessert. Après quelques recherches internet du style « quel vin servir avec une galette ? » et une revue des forces en présence dans mon cellier, mon choix se porta sur une bouteille de Gewurztraminer Grand Cru Furstentum « vieilles vignes » 2012.
Tiens ! Les vieilles vignes, ça m'inspire ! J'embarque mon carnet de dessins, crayons, gommes et je pars mener l'enquête sur le terrain : ça y est je suis journaliste d'investigation...

Premier arrêt au village voisin : Blienschwiller où Pierre Meyer est occupé à tailler ses vignes. Heureux hasard car il travaille sur une parcelle de vieilles vignes, du Riesling plus précisément (des plants que, s’ils étaient acteurs de cinéma on dirait d’eux qu’ils ont une « gueule » tellement ils tournent dans tous les sens …)

J’apprends au cours de la discussion que leur plantation a été faite le 08 juin 1944… sacrée date ! (l’histoire ne dit pas si le vigneron de l’époque a choisi cette date après avoir écouté Radio Londres)

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Après la taille...

Cette parcelle se situe au lieu dit « Bachstreng » en contre bas du Grand Cru Winzenberg, les vignes bénéficient donc des apports de granit qui dévale la colline les jours de grande pluie. Cela confère donc à ce Riesling sec une belle minéralité bien marquée au bout de sa deuxième année et une profondeur en bouche ainsi que l’acidité typique due à ce sol minéral.

Un petit dessin d’un pied de vigne avec le cerisier dans le fond.

© Laurent Bessot
Pied de Riesling et cerisier

Je quitte Blienschwiller en direction d’Andlau et Eichhoffen où j’aperçois des volutes de fumée qui s’échappent d’un bidon transformé en brûloir à sarments. Là, un homme en profite pour y griller du lard qui sera son repas de midi. Cet homme c’est Oscar Wohleber et le lieu-dit où il travaille est le « Lerchenberg ».

La parcelle est plantée de Gewurztraminer sur un sol lourd argilo limoneux (ça se voit car j’ai déjà la terre qui colle à mes chaussures). J’attends qu’il ait fini son bout de lard afin qu’il me parle de ses vignes plantées il y a une cinquantaine d’années.

Oscar me renseigne sur le sol qui n’est pas trop riche, ce qui est bon pour les Gewurz’ et m’explique également que ces plants ont de longues racines ce qui permet à la vigne d’être moins sensible aux aléas climatiques. En cas de sécheresse, les racines pourront puiser plus profondément l’eau nécessaire.

J’esquisse un dessin tout en parlant du vin que génère cette parcelle. Oscar m’explique que quand les éléments le permettent il y récolte son raisin plus tard pour en faire des vendanges tardives.

Vue la bonne exposition Sud, les raisins arrivent à maturité plus précocement, cela donnera un vin riche et plus concentré. Nous finissons notre discussion sur le tout proche « Moenchberg », un autre Grand Cru qui se trouve à 200m à peine .

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Gewurtztraminer avec vue sur le Moenchberg
Le Barbecue d'Oscar
Le barbecue d'Oscar

L’heure avance, il est temps d’aller à Mittelbergheim où m’attend Frédéric Hansmann. Je lui avais demandé hier au téléphone s’il avait une parcelle de vieilles vignes, sa réponse fut directe : «Passe demain, je t’emmènerai au Zotz » (comprenez Zotzenberg, le Grand Cru du village.)

Le temps de traverser le village, nous voici sur la colline qui surplombe le village (exposée Est et Sud). Frédéric me présente une parcelle de Sylvaner planté en 1968 (tiens une autre date marquante !). Je m’aperçois que le sol est encore différent des deux autres parcelles visitées précédemment ; ici il est d’une teinte orangée avec des cailloux jaunes et c’est du marno calcaire oolithique.

Je pose à Frédéric la question suivante: « Quelle est la différence entre une vieille vigne et une vigne plus jeune ?». S’en suit l’explication suivante :

« Tu vois, la vigne c'est comme les humains. Quand c'est jeune, c'est excité, ça part dans tous les sens, ça produit beaucoup. Mais avec l'âge, la vigne devient plus calme et raisonnable, elle s'enracine plus profondément et peut donc mieux capter toute la richesse du sol et ses composés aromatiques »

Pied de Sylvaner au Zotzenberg
Pied de Sylvaner au Zotzenberg

Satisfait de ces explications, je dégaine mon appareil photo pour avoir de quoi dessiner tranquille à la maison car Fretz veut encore me montrer un arbre remarquable (sur une autre de ses parcelles située celle-ci plus en plaine). Les arbres trop rares font partie du paysage viticole, ils sont un perchoir naturel pour les rapaces qui ont la bonne idée de chasser les rongeurs. D’autre part, les arbres offrent un abri ombragé aux vignerons lors des chaudes journées d’été (les places y sont chères pour garer leur véhicule me dit- il).

L’arbre dont je vous parle est un poirier qui a été planté en 1848 et donne des fruits tout à fait adaptés à produire un très bon schnaps, mais ça c’est une autre histoire.

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Le poirier de 1848

Le soleil tombe, quelques rapides photos et retour au domaine, plus précisément au caveau de dégustation pour y goûter le Sylvaner Grand Cru Zotzenberg ( le seul Sylvaner Grand Cru d’Alsace).

Je découvre en dégustant le millésime 2006 que ces vins du « Zotz » sont des vins de garde. Ils délivrent après quelques années une acidité atténuée où les arômes de fruits frais ont laissé place aux arômes de confits d’abricots et une petite touche d’une minéralité très élégante : parfait pour finir cette belle journée de découvertes hivernales ! 

© Laurent Bessot
© Laurent Bessot

Un grand merci aux vignerons qui ont pris le temps de m’expliquer leurs vins, terroirs et métier.

Parler aux vignerons, c’est tellement plus complet et attrayant que de lire la contre-étiquette sur leurs bouteilles !

Désormais, quand je déboucherai une de leurs bouteilles avec des amis, je pourrai leur expliquer plus en détail ce qu’ils auront dans leurs verres avant d’exciter leurs papilles.

Un reportage signé

Textes & Illustrations de Laurent Bessot