Vins d'Alsace
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Les femmes viticultrices

Le vin est aussi une histoire de femmes et l’Alsace en est un bel exemple.

Temps de lecture: 10 min
Antoine Castillon Étudiant Blienschwiller, Eichoffen, Saint-Hippolyte. le 15 avril 2016
Antoine Castillon - Étudiant

En parcourant la route des vins, je suis allé à la rencontre de trois d’entre elles, viticultrices et véritables ambassadrices du savoir-vivre à l’alsacienne : Céline Metz à Blienschwiller, Peggy Maurer à Eichoffen et Sylvie Fahrer à Saint-Hippolyte.

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Céline, Peggy et Sylvie...Trois femmes de caractère animées par la passion de la vigne.

Qui sont-elles ?

Ces femmes de caractère, sympathiques et animées par la passion de la vigne et de la terre, ont une originalité : leur parcours.

Tombée dedans étant petite comme un certain gaulois qui n’était pourtant pas alsacien, Céline a suivi les pas de son père Hubert Metz. Titulaire d’un Master à l’IECS Strasbourg (École de management de Strasbourg maintenant), elle débute dans la communication à Paris mais revient s’installer à Blienschwiller en 2013 pour continuer le travail entrepris par ses parents.

Domaine Hubert Metz

3 Rue du Winzenberg
67650 Blienschwiller
Site web

Mariée à Philippe Maurer, fils du viticulteur Albert Maurer, Peggy travaille dans la restauration jusqu’à la naissance de son fils en 2003. Cette année acte aussi la reprise du domaine avec son mari. «N’étant pas née dans ce milieu, mon mari et mon beau-père m’ont transmis leur passion. De plus, je voulais être indépendante ». Pour se former et parfaire ses connaissances, elle n’hésite pas à repartir sur les bancs de l’école à Obernai.

Domaine Albert Maurer

11 rue du vignoble
67140 Eichoffen
Site web

Dans la continuité de son grand-père et de son père, Sylvie apprend par elle-même, telle une autodidacte : « Plus jeune, mon plaisir était d’être dans les vignes et non à l’école », souligne-t-elle. Avec ses parents, elle apprend tout le métier de A à Z jusqu’à la reprise du domaine en 1995. Aujourd’hui, elle travaille en binôme avec son fils Raphaël.

Domaine Sylvie Fahrer & fils

24 route du vin
68590 Saint-Hippolyte
Site web

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Un sacré métier

Ce métier qui fascine tant les épicuriens n’est pas de tout repos. Les heures ne se comptent pas et la polyvalence est de rigueur mais ce n’est pas pour autant que cela les effraye. « La mécanique des engins est assez compliquée sans parler des efforts physiques qui sont assez conséquents » détaille Céline qui peut compter sur l’aide de ses parents.

« Je travaille quotidiennement avec mon mari sous le regard attentif de mon beau-père »

Souvent une affaire de famille, vie professionnelle et personnelle sont intimement liées. « Je travaille quotidiennement avec mon mari sous le regard attentif de mon beau-père » explique Peggy. En effet, cela peut être un avantage mais qui peut comporter certains inconvénients. Sylvie avoue que, plus jeune, son fils se plaignait qu’elle ne lui consacre pas assez de temps. Effectivement, la vigne n’attend pas.

La viticulture reste un monde majoritairement masculin et cela n’est pas toujours facile lorsqu’on est une femme qui débute. Leur clé pour être respectées : la connaissance du métier. « Même si les remarques directes sont rares, il faut savoir de quoi on parle sinon, on manque de crédibilité. Après, il n’y a pas de problèmes» dit Sylvie, parole que Céline et Peggy partagent.

Une approche différente des hommes ?

Elles n’y prêtent pas véritablement attention mais admettent volontiers qu’il existe quelques nuances.  Selon Céline, les femmes tiendraient un discours plus pratique comme les accords mets et vin alors que leurs homologues masculins en viennent rapidement à la technique. C’est aussi le cas en termes de communication. Elles n’hésitent pas à solliciter leur créativité pour mettre en avant leurs produits avec des étiquettes plus modernes de façon à séduire une clientèle plus jeune et tout aussi exigeante. Une véritable complémentarité en sorte.

Par ailleurs, l’association « diVINes d’Alsace » regroupe 70 femmes, dont Céline, ayant une activité liée au milieu de la viticulture en Alsace que ce soit au niveau de la production, la promotion ou la commercialisation des vins d’Alsace.

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Des vins de femmes pour femmes ?

N’allez pas leur parler des stéréotypes qui attribuent les vins sucrés aux femmes même si ces passionnées n’excluent pas qu’il peut y avoir un lien :

« Lorsque j’ai ajouté du rose à l’étiquette de notre crémant Rosé, je me suis aperçue que cela pouvait influencer le comportement d’achat de certaines femmes », expose Peggy.

C’est aussi le cas pour Sylvie avec son Pinot Noir « Amour éternel » qui attire la curiosité des consommatrices même si le produit ne leur est pas exclusivement dédié. Quant à Céline, elle constate que ce sont souvent les femmes qui préfèrent les vins secs au sein d’un groupe d’hommes, ce qui va à l’encontre de ces clichés.

Des petites anecdotes

Au fil des rencontres et des années, les anecdotes ne manquent pas. Certaines commencent dès le plus jeune âge comme lorsque Céline, pour sa communion, s’est aperçue que le vin de messe fut étonnamment transformé en sélection de grains nobles, au grand bonheur de ses papilles.

D’autres sont plus institutionnelles mais tout à fait étonnantes. Peggy fut éprise d’une certaine fierté lorsque son ami, chef du restaurant « Au Pont Corbeau » à Strasbourg , lui a dit que son Muscat fut le premier des vins dégustés par le président de la République, la chancelière allemande et Martin Schutz, le président du parlement européen lors de leur repas du 7 février dernier.

Toujours dans un registre semblable, Sylvie reçoit un appel du ministère de l’agriculture afin de lui décerner la médaille du mérite agricole. Croyant au début que c’était un canular, elle finit par se la faire remettre par le ministre de l’agriculture, Stéphane le Foll, le 13 Novembre 2014.

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La dégustation

Les vins sont à l’image de leurs créatrices : convivialité, qualité, plaisir. Ma sélection se porte sur 3 d’entre eux :

Gewurztraminer Grand Cru « Winzenberg » 2013 de Céline Metz. C’est un vin très gourmand qui laisse place aux épices. Grande année puisque ce vin a reçu deux étoiles au guide Hachette et sans surprise, la médaille d’or « Gewurztraminer du monde ».

« Je ne sais pas » 2014, spécialité de Sylvie Fahrer. C’est un assemblage de Muscat, Riesling et Pinot Gris. C’est un vin frais et fruité qui ravit les apéritifs.

Le crémant d’Alsace rosé dont j’ai parlé précédemment est une véritable référence plaisir de Peggy Maurer. Issu de Pinot Noir, ses fines bulles et ses notes fruitées en font un excellent crémant.

Un reportage signé

Auteur : Antoine Castillon