Vins d'Alsace
présente

Une soirée dégustation avec la Drink Alsace Family

Chapitre 1 : La découverte des 7 cépages

Temps de lecture: 15 min

“Le calme avant la tempête”... on pourrait qualifier ainsi les rues de Riquewihr en cette soirée de novembre, cinq jours seulement avant l’ouverture des marchés de Noël. Nous empruntons l’escalier de grès traversant le mur d’enceinte et menant à la rue des Cordiers calme, elle aussi. C’est ici, au Gîte des Remparts de Jean-Paul, que se tient la première soirée d’initiation à la dégustation de la #Drinkalsace Family.

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Les gîtes des remparts à Riquewihr © Etienne Kopp

Initiée par Cyril (amateur particulièrement éclairé et animateur de la soirée) et Jean-Paul (amateur non moins éclairé et propriétaire des lieux), cette soirée a pour but d’inculquer à nos “palais novices” les premières notions de dégustation autour des Vins d’Alsace (bien entendu). Au programme: une sélection de 7 vins du millésime 2015 proposée par le CIVA. Une démarche particulièrement intéressante car elle permet non seulement aux membres de la Drink Alsace Family de se connaître un petit peu mieux mais également de contribuer à la mise à niveau des plus néophytes en la matière.

Le décor est planté à peine passé le pas de la porte …nous nous trouvons bien dans une bâtisse à vocation viticole, et ce depuis…1580 ! Déjà subjugués par le charme “naturel” de cette superbe demeure de la renaissance (adossée au rempart et située juste en face du vignoble du Schoenenbourg) nous tombons nez à nez avec un impressionnant pressoir, datant lui aussi de 1687 ! Jean Paul nous guide à travers sa maison, nous racontant avec passion son histoire et comment il lui a redonné vie, des travaux à la recherche des meubles anciens qui équipent la maison et les gîtes. L’amateur de vieilles pierres que je suis est aux anges … décidément cette soirée commence bien ! Après quelques petites marches nous arrivons sur le “lieu du crime”… la salle dans laquelle la dégustation va avoir lieu. Là aussi c’est un enchantement, nous nous trouvons dans l’ancienne cave de la bâtisse, directement adossée aux remparts du XIIIème siècle. La “publicité” n’est pas mensongère ! Les moellons apparents côté rempart contrastent avantageusement avec les poutres centenaires et confèrent à cette salle (proposée comme salle de séminaires) un indéniable cachet. La table est dressée, Cyril et certains membres de la famille sont déjà là, les bouteilles aussi. Tout va bien.

Passons au choses sérieuses ! Nous prenons place à cette table sur laquelle les verres, fournis par le CIVA eux aussi, occupent une place de choix.

Cyril nous explique que plusieurs verres sont nécessaires afin de conserver le vin précédent lors de la dégustation du suivant: c’est plus pratique pour essayer de comparer les vins les uns aux autres. Les fiches de dégustations sont elles aussi déjà là : tous les termes qui y figurent paraissent bien compliqués au premier regard, mais après tout, nous sommes venus ici pour apprendre !

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© Etienne Kopp

Cyril nous apprend que nous allons déguster 7 vins issus des 7 cépages traditionnellement cultivés par les vignerons alsaciens. Jusque là tout va bien je les connais encore : Sylvaner, Pinot blanc, Riesling, Muscat, Pinot gris, Gewurztraminer (le Pinot Noir a été apprécié lors de la collation).  Comme précisé plus haut, ceux-ci proviennent de domaine viticoles différents, sélectionnés par le CIVA mais du même millésime (2015). Cette première dégustation a donc pour objet de nous faire découvrir les cépages alsaciens, leurs spécificités. Cyril nous précise que d’autres thématiques de dégustations sont envisageables:

  • des dégustations dites verticales (un même vin sur plusieurs année)
  • des dégustations horizontales dont le but est de comparer différents vins d’un même millésime et d’une même appellation.

Une information qui me réjouit particulièrement car elle laisse présager quelques soirées intéressantes en compagnie de la Drink Alsace Family ! Assoiffés (de savoir bien entendu), nous débutons la dégustation par l’incontournable crémant, roi des tables de fêtes alsacienne depuis désormais 40 ans.

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Dans le vif du sujet : la dégustation.

Récit d'Alicia

J’apprécie le vin. C’est d’ailleurs pour cela (entre autres) que j’ai postulé pour intégrer la Drink Alsace Family ! Mais un peu complexée par mon peu de connaissances en la matière, j’attendais cette initiation avec impatience : je saurai enfin tourner le verre, observer la robe, reconnaître les vins, les arômes, découvrir les différentes étapes de la dégustation, …

C’est donc pleine d’enthousiasme que j’ai écouté l’introduction de Cyril à cette initiation. Après un tour de table, je constate que nous avons au moins tous un point commun : on apprécie le vin. Et c’est déjà un bon point puisque Cyril souligne que déguster, ce n’est pas boire, mais apprécier. Déguster, c’est analyser, partager, et connaître. Déguster, c’est surtout partager. Et déguster, c’est aussi prendre des notes …

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Prendre des notes... © Etienne Kopp

Le premier vin qui nous est proposé est un crémant, en guise de mise en bouche. C’est à ce moment que le premier sens entre en scène : l’ouïe. L’ouïe, vraiment ? Mais oui ! Le « pop » du bouchon !

Les explications commencent véritablement avec un Sylvaner de la Cave Vinicole du Cleebourg. Nous apprenons à utiliser le sens numéro 2 : la vue, qui permet d’observer la robe du vin. Quelle est sa teinte ? Plutôt jaune paille clair, jaune ambré, jaune citron ? Est-elle pâle ou plus intense ? Est-ce que le vin file ou reste collé au verre ? Tant d’indices qui nous introduisent ce que nous allons goûter. Le sylvaner est un cépage « mal aimé », habituellement vif et tendu : celui-ci a une robe jaune aux reflets verts et est plutôt rond en bouche.

Cyril nous conseille de cracher afin de pouvoir déguster tous les vins qui seront présentés… Pour ma part, je n’ai pas suivi ses conseils pour 2 raisons : je ne roulais pas, et je n’ai simplement pas osé. (je vous rassure, je n’ai pas terminé chaque verre !).

Nous continuons avec un Pinot Blanc de la Cave Vinicole de Pfaffenheim. Sa robe est plutôt pâle, et je l’ai noté doux au début, un peu fleuri. Mais est-ce que je sens la même chose que les autres ? Je ne dis rien et prends juste en note.

Le troisième sens que l’on est amené à utiliser en dégustation de vin est l’odorat. Une fois que l’on a bien observé la robe du vin, on met son nez dans le verre et on sent !

 Mais on sent quoi ? Ses odeurs et ses arômes, tout simplement. On devine si c’est un vin plutôt fruité, floral, végétal ou minéral, épicé, sucré, fermenté ou boisé.

Le troisième vin qui nous est proposé est un Riesling de la Cave Jean Geiler à Ingersheim. Il est un peu moins rond en bouche que le Pinot Blanc précédent. Personnellement, je sens des arômes d’agrumes, mais Laurent qui est pratiquement en face de moi, lui, trouve que ce vin est minéral. Alors je continue à prendre simplement en notes, parce que bien évidemment je suis une néophyte, les autres s’y connaissent mieux !

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L'odorat, un sens primordial lors d'une dégustation ! © Etienne Kopp

La dégustation s’enchaîne avec un Muscat de Pettermann Didier à Dambach la Ville. Ce vin a été un de mes préférés de la soirée. Il était expressif, et j’ai beaucoup senti le raisin. De plus, j’ai trouvé qu’il occupait la bouche en largeur ; est-ce bien normal ? Et bien oui … On en arrive donc au quatrième sens qui entre en jeu lors d’une dégustation : la goût. Nos papilles peuvent distinguer le sucré, le salé, l’amertume, l’acidité, et l’umami. Et le goût est intimement lié au cinquième sens qui est le toucher puisque dans le cas du vin, on parle de texture en bouche. On peut ainsi définir la caudalie d’un vin en comptant le nombre de secondes pendant lesquelles il reste en bouche après l’avoir dégusté. Plus le nombre est grand, meilleur est le vin.

Le cinquième vin que nous dégustons est un Pinot Gris de la Cave Vinicole de Wuenheim. Il est liquoreux, sucré, et surtout épicé puisqu’il reste dans la gorge. Moi qui habituellement préfère les vins secs, j’ai beaucoup apprécié celui-ci, notamment grâce à ce côté épicé.

Arrive un Gewurztraminer, qui fait partie des cépages nobles (tout comme le riesling, le pinot gris et le muscat). Il vient de la Cave Vinicole de Cleebourg : j’ai noté qu’il était liquoreux, et mes voisins ont dit qu’il était végétal. C’est à ce moment que Cyril et Jean-Paul nous expliquent qu’un des éléments capitaux dans la dégustation est la rétro-olfaction, qui est le fait de faire « passer » l’odeur du vin ( l’air aspiré par la bouche, chargé des arômes et corps volatiles du vin) à l’arrière du palais en la faisant remonter dans les fosses nasales, permettant de dévoiler les flaveurs du vin. Exécuter ce mécanisme permet de dévoiler 60% de ce qu’un vin peut donner : il ne faut donc pas s’en priver !

Après toutes ces saveurs liquides, il est temps de passer à table avec une bonne tourte ramenée par Johanna de la Ferme Clarisse à Sigolsheim. Elle est accompagnée d'un Pinot Noir de la cave Gilbert Ruhlmann de Scherwiller, que j’ai noté fruité.

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La très fameuse tourte de la ferme Clarisse
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La tarte au citron d'Alicia très bien accompagnée

Pour terminer sur une note sucrée et parce que j’adore les desserts, j’avais proposé de réaliser une tarte au citron meringuée. Sachez que cette dernière a connu quelques péripéties avant d’arriver jusqu’à Riquewhir … ! Pour accompagner cette rescapée, nous avons eu la chance de pouvoir déguster deux vins de 2006 : un Sylvaner Grand Cru Zotzenberg du Domaine Armand Gilg, et un Riesling du Domaine Frey-Sohler. Pour ma part, j’ai vraiment apprécié le Sylvaner, qui se mariait parfaitement avec le dessert. En goûtant le Riesling j’ai senti les fameux arômes de « pétrole » dont j’ai entendu parlé plusieurs fois par Céline du groupe : surprenant !

C’était une initiation vraiment enrichissante, et un bon moment passé avec les membres de la Drink Alsace Family.

Laurent, le dessinateur du groupe, a aussi immortalisé ce moment à sa façon,..

Pour résumer en quelques mots, voici ce que j’ai appris :

  • la Lune influence la dégustation
  • le cépage alsacien le plus important en terme de volume de production est le Riesling, suivi du Pinot blanc et du Gewurztraminer
  • l’élément capital dans la dégustation est la rétro-olfaction
  • le vin peut sentir la brioche !
  • le terme japonais « umami » qui désigne la sensation durable, appétissante, recouvrant toute la langue
  • « caudalie » n’est pas juste une marque de cosmétiques mais est en premier lieu un nom commun

Et surtout, ce qui m’a décomplexée : j’apprends que chaque personne a sa propre interprétation du vin qu’il goûte, et que ce n’est pas parce que je sens des agrumes et mon voisin du minéral, que l’un de nous deux n’a pas raison. Je sais que la prochaine fois, je pourrai m’exprimer sur les arômes que je sens sans avoir la crainte de dire une bêtise !

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Un reportage signé

Textes Par Vincent et Alicia

Photos par Etienne Kopp Photographie

Illustrations par Laurent Bessot