Vins d'Alsace
présente

La coopérative de la Couronne d’Or

Jean de Miscault Conseiller en communication Le 29 mai 2019
Jean de Miscault - Conseiller en communication

Entre Marlenheim et Molsheim, les 230 coopérateurs de la Cave du Roi Dagobert produisent des vins déjà célébrés au VIe siècle ! Sur les très anciens domaines du roi mérovingien, ils perpétuent une tradition plus que millénaire avec un attachement très marqué à leur généreuse nature.

S’il est un lieu, où la phrase – parait-il apocryphe – de Louis XIV découvrant l’Alsace trouve tout son sens, c’est bien ici : quel beau jardin ! Entre les collines de Marlenheim, de Scharrachbergheim et les premières pentes vosgiennes, au-dessus de Westhoffen, s’étend un large pays planté de vignes, de vergers et de céréales dans lequel serpente la Mossig. Ce pays de cocagne correspond peu ou prou au vignoble de la Couronne d’Or. Au VIIe siècle, le roi Dagobert, sans doute déjà attiré par la générosité du lieu, choisit d’y bâtir un de ses palais* dans l’actuel village de Kirchheim. C’est ici, quelques décennies plus tôt, que l’on trouve la plus ancienne référence écrite à la culture de la vigne en Alsace

* Plus précisément une villae royale fortifiée où vécurent les rois Dagobert II, Charles le Gros, et l’impératrice Richarde. Louis le Pieux y fut retenu prisonnier.

La marque du Roi Dagobert

Alors, quand en 1952, les premiers coopérateurs de la toute nouvelle cave de la région eurent à choisir un nom, ils n’hésitèrent pas une seconde : ce serait la Cave du Roi Dagobert. Au lendemain de la guerre, pays de cocagne ou pas, les temps sont durs pour tout le monde. Les parcelles sont petites et dispersées, la qualité du raisin et du vin, pas toujours au top… S’ils veulent survivre, avant même de penser à se développer, les vignerons n’ont qu’une solution : se regrouper, se serrer les coudes. Ils décident donc de créer une coopérative : elle regroupe 200 viticulteurs qui cultivent 70 ha de vignes. La cave est installée en rase campagne : au carrefour de la route qui relie Marlenheim à Molsheim et de celle de Traenheim à Scharrachbergheim.
Durant les premières années, la première préoccupation des coopérateurs est de vinifier le raisin des producteurs. Le vin, comme c’est alors très souvent le cas dans le Bas-Rhin, est vendu en vrac à des négociants le plus souvent installés dans le Haut-Rhin. Il faut en fait attendre le tournant des années 2000, pour que la Cave du Roi Dagobert se mette à vendre ses vins elle-même. Elle décide d’aller elle-même sur les marchés, histoire de capter 100 % de la valeur ajoutée. La marque du Roi Dagobert ne demandait qu’à se faire connaitre des consommateurs.

L’Alliance fait la force

Quelques années auparavant, la coopérative avait noué des premiers contacts avec la Cave de Turckheim, dans la région de Colmar. Le partenariat entre les deux Caves ne cesse de se développer particulièrement sur des questions techniques ou commerciales. À tel point qu’en 2006, elles décident de créer le GIE « Alliance-Alsace » : les forces commerciales des deux coopératives sont regroupées et c’est dorénavant Alliance-Alsace, qui vend les vins mis en bouteille dans chacune des deux caves.

En 2012, une nouvelle étape est franchie : « Alliance-Alsace » devient une union de coopératives. La Cave du Roi Dagobert continue de vinifier les raisins de ses coopérateurs. Idem pour la Cave de Turckheim. Mais dorénavant tous les crémants sont embouteillés à Traenheim et tous les vins tranquilles à Turckheim. Chaque cave gardant sa marque. En revanche, tous les salariés des deux Caves, les techniciens, les commerciaux, les administratifs sont maintenant rattachés à l’union. « L’intérêt, explique Christophe Botté, directeur général d’Alliance et des deux Caves, c’est de mutualiser les investissements très lourds tant sur les bâtiments que sur les chaines d’embouteillage. » En fait, en s’alliant, les deux caves poussent juste un peu plus loin le bouchon de la solidarité coopérative.

Visite de la cave

Un président tout bio

« Je me suis dit qu’il était urgent d’agir pour laisser un sol vivant et un meilleur écosystème aux générations suivantes. » Luc Anstotz, président de la Cave du Roi Dagobert, a converti en bio ses 7 ha de vignes sur la commune de Traenheim en 2007. Jolie manière de montrer l’exemple à la tête d’une coopérative, dont près de 10 % du vignoble sont bio et qui a toujours fait de la question environnementale une de ses priorités. Aujourd’hui, la Cave est même engagée dans une démarche HVE (haute valeur environnementale) avec une certification en cours de 100 % des surfaces exploitées.

« Je me suis dit qu’il était urgent d’agir pour laisser un sol vivant et un meilleur écosystème aux générations suivantes. » Luc Anstotz, président de la Cave du Roi Dagobert

Un très bon vin nature

« On a essayé, on a trouvé ça bon, on l’a mis en bouteille. » Voilà comment Christophe Botté, directeur de la Cave du Roi Dagobert, raconte la naissance d’un des derniers nés de la Cave : le Trebogad, palindrome parfait de Dagobert. Le Trebogad est un vin nature, vinifié à partir de raisins bio, vendangés à la main, sans intrants… et mis en bouteille, lui, à la cave de Traenheim, afin d’éviter les déplacements qui le fragiliseraient. Un vin sec et gras à la fois, complexe, aux arômes ouverts, très proche du raisin et désaltérant. La première cuvée de 2017 a été produite à partir de pinot gris. Elle compte près de 10 000 bouteilles. Une deuxième cuvée a été produite en 2018, à partir de Rieslings et de Gewurztraminers. L’étiquette vaut le voyage à elle seule : à la manière d’une carte à jouer, elle représente un Dagobert couronné à l’endroit, surmontant un trebogad bien coiffé et barbu, façon hipster, à l’envers.

La cuverie de la Cave du Roi Dagobert

Cathédrale solidaire

Les liens entre les vignes de la Couronne d’Or et la cathédrale de Strasbourg remontent à la nuit des temps. Au Moyen Âge, ce sont les taxes prélevées sur les vins du vignoble dit « de Strasbourg » directement débarqués à la Douane, qui financèrent grandement la construction de la cathédrale. Mille ans plus tard, il était donc naturel que la Cave du Roi Dagobert s’en souvienne et le manifeste. En 2015, Bernard Schaal, alors directeur de la Coopérative, proposa à l’Œuvre Notre-Dame, qui construisit l’édifice et continue de le gérer, de créer une cuvée spéciale. Ce fut la Cuvée du Millénaire. Depuis prolongée par les Cuvées de la Cathédrale. Et pour aller jusqu’au bout de l’esprit solidaire de la coopérative, la Cave reverse à l’Œuvre Notre-Dame 1 € pour chaque bouteille vendue : à ce jour 50 k€ ont ainsi été versés par les vignerons de la Cave du Roi Dagobert pour le financement des chantiers de rénovation de la cathédrale.

Fiche d’identité

  • Création en 1952
  • 230 coopérateurs, 970 ha, entre Gimbrett au nord et Obernai au sud, Osthoffen à l’est et Balbronn à l’ouest.
  • 3 Grands Crus d’Alsace : Grand Cru Altenberg de Bergbieten, Grand Altenberg de Wolxheim, Grand Cru Engelberg.
  • 2 lieux dits : Krittler et Westerweingarten.
  • 2012 : création de l’union de coopératives « Alliance-Alsace » avec la Cave de Turckheim.