Vins d'Alsace
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Le Sommerberg, vin de granite II

Rencontre avec Jean BOXLER, vigneron

Christian Tawil Encre Pourpre Le 20 septembre 2019
Christian Tawil - Encre Pourpre

L’origine de la famille Boxler remonte à 1672, premières traces de leur ancrage en Alsace. L’aventure viticole commence en 1946, c’est l’époque du Vélosolex conçu par Goudard et Menesson, des pastilles Pulmoll inventées par un pharmacien de Châteauroux, Victor Hélin. Boris Vian, Juliette Gréco, Sartre et Simone de Beauvoir se révèlent au grand public, en même temps que le premier festival du cinéma se tient à Cannes pour concurrencer la Mostra de Venise. L’époque est à la création, au dynamisme, tout redevient possible. C’est l’année 1946 que choisit Albert Boxler le grand-père de Jean, pour se mettre à son compte, et débuter la mise en bouteille au Domaine.

Jean BOXLER et son Riesling d'Alsace Grand Cru SOMMERBERG, une référence pour de nombreux oenophiles.

Aquarelle à l’encre de Chine

Il faut une étiquette, Arthur Boxler, artiste peintre et en même temps cousin d’Albert, conçoit la première étiquette des vins du domaine à partir d’une aquarelle à l’encre de Chine. Fait remarquable, celle-ci habille depuis 1946 les vins du domaine avec les noms des différentes appellations. La signature A. Boxler se lit au coin inférieur droit de l’étiquette.
Après Albert Boxler, puis Jean-Marc Boxler, Jean Boxler et son épouse Sylvie poursuivent le travail méticuleux et difficile du fait des fortes pentes, entrepris dans les vignes, et veulent comme les générations précédentes, produire de grands vins blancs d’Alsace secs et équilibrés. Le résultat est au rendez-vous avec la reconnaissance de l’excellente des vins par les plus grands guides et revues spécialisées.
Personnage atypique, le grand-père de Jean, fondateur du domaine vit plusieurs années aux États-Unis avant de revenir effectuer son service militaire en France. Il hérite de quelques parcelles de vignes et achète les parcelles en vente aux alentours. Petit à petit, au fil des acquisitions, ce qui va devenir le Grand Cru Sommerberg s’agrandit en superficie pour atteindre 5 hectares, quelques parcelles du futur Brand rejoignent le domaine jusqu’aux 1,90 hectare aujourd’hui.
Le Grand Cru Sommerberg s’étend sur 28,36 hectares au pied des Trois Épis, sur un terroir granitique exposé au Sud, sa pente rocailleuse atteint 45 % à une altitude passant de 270 à 407 mètres, son sol riche en minéraux se travaille avec beaucoup d’efforts physiques et de ténacité… Le coteau de l’été mérite bien son nom.

Les pentes vertigineuses du SOMMERBERG ou "colline de l’été".

« La minéralité, je la ressens rien qu’en regardant certaines parcelles de mes vignes » Jean BOXLER

Famille Sommerberg

En fait, le Sommerberg des Boxler ne se veut pas unique, mais multiple. La déclinaison commence par le Sommerberg exposé plein sud sur un terroir précoce à une altitude de 330 mètres.
Elle se poursuit avec son cousin Wibtal terroir plus tardif, prônant en altitude à 400 mètres avec une vue de carte postale sur le village.
L’autre cousin Eckberg se tient en hauteur à 400 mètres, exposition plein sud, avec une vue sur le clocher du village,ce terroir se veut plus tardif et emmagasine la chaleur rayonnante de la journée, il se caractérise par une grande amplitude thermique .
Enfin, le dernier cousin Dudenstein exposé sud-est se situe à 320 mètres de hauteur à la limite du terroir et de la faille vosgienne sur un sol de granite complexe et peut se qualifier de terroir très précoce.

Un vignoble niché dans un vallon, au pied des Trois Epis.

Ses différents cousins travaillent de concert en famille et accueillent chacun le cépage le plus adéquat pour former le couple idéal Cépage / Terroir :

  • Wibtal héberge cordialement le Pinot Noir et le Pinot Gris.
  • Eckberg choisit le Riesling à 90% et se complète avec 10% de Pinot Gris.
  • Sommerberg se voue intégralement au Riesling.
  • Dudenstein opte lui aussi pour le Riesling à 100%. 

Cette explication des terroirs se veut un préalable à la compréhension des différences gustatives des vins, chacun s’exprimant dans un style très différent de ses cousins au sein d’une famille unie enrichie par ses différences…

Le village de Niedermorschwihr depuis les vignes du SOMMERBERG

Le Sommerberg se voue intégralement au Riesling.

Égalité, Fraternité, Unicité

Venons-en aux pratiques culturales… Jean Boxler précise qu’elles sont les mêmes pour tous ses vins, point de favoritisme qu’on soit Grand Cru ou roturier, le statut est le même. Le vignoble se conduit sur ses 19 hectares de vigne, sans herbicides et pesticides de synthèse, avec un objectif qualitatif aussi élevé que le sommet du Sommerberg.
Le vignoble se travaille à la force du poignet avec un maximum de travail manuel, souhaité sur le plan qualitatif, et aussi nécessaire, vu le nombre de parcelles de fortes déclivités, à l’aide quand c’est possible d’un petit chenillard, ou même d’un treuil sur les plus fortes pentes. La densité de plantation se situe entre 5000 à 8000 pieds / hectare donnant un rendement moyen de l’ordre de 35 hectolitres / hectare. La taille pratiquée est le Guyot simple ou double. Le Sommerberg se traverse le long de sentiers en altitude serpentant au-dessus du village, les amateurs de Nature l’empruntent souvent et se régalent des parfums de plantes aromatiques en bordure de forêts, et de la vue superbe quasi aérienne.

Le lieu se veut un concentré d’énergie pure, sa pente, son relief, ses pierres rayonnantes de chaleur, tout magnifie l’endroit, avec l’impression d’une atmosphère hors du temps, empreinte de sérénité. Tout prédispose à l’élaboration de grands vins au parfait équilibre que nous allons découvrir ensemble.
Wibtal et Eckberg ont en commun de donner des vins plus floraux que fruités, la vigne pénètre en profondeur dans la roche, pour délivrer une fine minéralité avec un lien profond terroir / géologie. Les sols sont pauvres et caillouteux.  La signature des vins se définit en finesse, délicatesse, acidité longue et droite, intense persistance aromatique. Dudenstein se tient sur un sol granitique au sous-sol calcaire sur une partie de la parcelle, les vins sont plus gras, plus amples, avec une dominante sur les épices et les agrumes.

La sœur de Jean Boxler sait associer au mieux le vin retenu au juste plat, elle œuvre aux accords parfaits au sein de son atelier de cuisine « Atelier Cardamome » à Colmar.
Je goute avec Jean Boxler les vins objets de ce reportage, j’essaye de comprendre leurs subtilités, leurs richesses, leurs différences, pourtant tous en provenance d’un même Grand Cru le Sommerberg.

Un vignoble haut en couleurs !

Premier de cordée

Je pense que Roger Frison-Roche aurait adoré les vins du Sommerberg et son sommet, en écrivant pendant son séjour à Alger entre 1938 et 1941 « Premier de cordée » futur prix Goncourt :“ En bas, tu n’aurais peut-être pas cru, tandis qu’ici… Ici, on ne peut pas mentir ! On ne ment jamais en haute montagne.

Point n’est besoin d’aller en haute montagne ! Le sommet du Sommerberg peut donner le frisson devant tant de beauté, sans ressentir l’impression de danger que suscite la haute montagne. L’énergie du lieu porte à croire, avec la récompense d’un verre de Sommerberg ou de ses cousins après la descente… Ou mieux encore, la récompense d’un verre de Sommerberg et de TOUS ses cousins.

Fiche d’identité du Domaine :

  • Superficie totale en hectares : 19 ha.
  • Âge moyen des vignes 45 ans.
  • Encépagement par cépage : 38 % Riesling ,16% Gewurztraminer, 16% Pinot Gris, 18% Pinot Blanc, 2% Muscat, 5 % Pinot Noir, Sylvaner 3.5 %, Chasselas 1.5 %.
  • Nombres de bouteilles produites par an : 65000.
  • Conduite du vignoble : bio non certifié.
  • Vin emblématique du Domaine : « les SOMMERBERG ».